Quelques réflexions éparses sur le livre de magie…

Et de quelques catalogues des ventes aux enchères de ces trois dernières années.

Depuis maintenant trois années, exactement à la mi-octobre, la Galerie de Chartres est devenue le rendez-vous obligé de tout ce que l’Europe compte de collectionneurs de livres, affiches, lithographies et appareils anciens de magie, prestidigitation et illusionnisme. J’ai pu aussi y rencontrer de nombreux historiens de notre art dans une ambiance ma foi fort étonnante dont je vous entretiendrai ci-dessous. Ces ventes aux enchères sont organisées par l’étude notariale de Maître Jean-Pierre Lelièvre et de ses associés et se tiennent dans une ancienne chapelle ou église ce qui fait que le cadre ajoute un peu à l’aspect de Grande Messe que cette manifestation a tendance à prendre au fil des années.
J’ai actuellement sous les yeux les trois catalogues édités pour ces occasions et il faut reconnaître que notre ami Hjalmar qui les a rédigés a effectué un travail de titan. Ces catalogues marqueront d’une pierre blanche l’histoire de l’édition magique car ils sont effectivement le résultat d’une année de travail incommensurable et sont pour les historiens ou ne serait-ce que pour ceux qui s’intéressent un peu à l’histoire de notre art une source et une mine de références incomparables.
L’iconographie, tant par les reproductions en noir et blanc que par celles en couleurs, est aussi d’une richesse incroyable. Ce sont des ouvrages indispensables, mais ne dit-on pas que le premier de ces catalogues de 1995 s’échangerait déjà aux Etats Unis pour plus du triple du prix qu’il valait à la date d’édition ? Le feuillet central est très intéressant, il représente 16 affiches anciennes reproduites en quadrichromie et l’on trouve aussi des reproductions en couleurs sur les plats de la couverture en fort papier glacé. Remarquables encore et inestimables pour les historiens les articles que Hjalmar consacre à la description des pendules mystérieuses de Robert – Houdin ainsi que les photographies qui en reproduisent les détails.
Dans cet article consacré seulement au livre je laisserai donc de côté les parties de ces catalogues où sont répertoriés les appareils et les affiches. Dans ce premier catalogue au format 21×29,7cm, vous trouvez une liste de 185 ouvrages en français, 224 livres en langue anglaise et 7 en allemand, 5 en Hollandais, 4 dans la langue de Dante et pour finir deux dans celle de Cervantes. On y trouve aussi quelques revues et des catalogues de « marchands de trucs » comme il y est si bien dit. Je remarque que l’expert ne s’est pas trompé dans ses estimations, quand un ouvrage est estimé à 1500F, les enchères commencent à 1200F et atteignent 1600F, quand le livre est estimé 200/300F, elles débutent à 100F et atteignent 300F. N’oublions cependant pas qu’il faut ajouter à ces prix les 10,854 % de commission de l’étude. On remarque que pour les livres vraiment rares les enchères montent beaucoup comme c’ est le cas de ce Dhotel estimé entre 7 et 8000F et qui atteindra plus de 15000F. Une série complète de l’Escamoteur, estimée entre 5 et 6000F atteindra plus de 9700F. Ce premier catalogue comporte 58pp numérotées plus 4pp.

Au cours de la même année, au mois d’octobre également, la bibliothèque de M. Michel Hatte, le successeur de M. Mayette le célèbre fabricant de matériel magique, est mise en vente, par l’étude des commissaires priseurs Dominique Ribeyre et Florence Baron, à Drouot.
Le catalogue de 32 pages au format de 21×27 cm sous couverture glacée, illustrée de deux photographies en couleurs représentant des livres est fort intéressant lui aussi quoique moins luxueux que ceux produits par l’étude des notaires beaucerons. On y trouve répertoriés et décrits 244 ouvrages ou lots d’ouvrages en rapport direct avec l’illusionnisme, la prestidigitation et la magie blanche, plus 18 séries complètes de revues ainsi que des catalogues de fabricants d’instruments de physique et de prestidigitation du début de ce siècle.
Félicitations aux experts et à celle ou à celui ayant rédigé les notices bibliographiques, je suis ravi de constater que les erreurs typographiques ou les fautes de langue y sont inexistantes.
Ce catalogue lui aussi deviendra un instrument de référence. Les prix se maintiennent et encore une fois sont en accord avec les estimations à l’exception de quelques cas. On est légitimement en droit de penser que ceux des « bidders » qui avaient été un peu frustrés à Chartres ont légèrement faussé le jeu, de peur qu’un ouvrage un peu rare manquant à leur collection ne leur échappât.

En 1996 j’attendis avec impatience la parution du catalogue de la vente prévue le 13 octobre et je ne fus pas du tout déçu, Hjalmar s’était encore surpassé. Même présentation que celui de l’année précédente, 44pp au format A4, c’ est à dire 21×29,7 cm, sous belle couverture glacée illustrée de photos en couleurs. On y trouve également un feuillet central comportant quatre pages de très riches reproductions en couleurs de matériel, d’affiches et même de boites de physique amusante. Quelle splendeur ! Je passe beaucoup de temps à lire et à relire les 270 notices décrivant autant de livres rares que certains plus courants. Ca permet aussi à l’amateur éclairé d’évaluer sa bibliothèque et l’on se dit que l’on avait fait une bonne affaire quand, il y a une dizaine d’années, l’on avait trouvé tel livre à ce prix qui paraît désormais ridicule chez tel bouquiniste. La vente a lieu un dimanche à partir de 10h étant donné la quantité de livres proposés à la vente je décide de me rendre à Chartres le samedi précédent pour les examiner tranquillement et je ne suis pas déçu. Notre expert lyonnais a encore vu juste et les enchères se trouvent dans la bonne fourchette de ses estimations sauf pour quelques pièces rares pour l’obtention desquelles se battent quelques amateurs. Je suis très satisfait de quelques unes de mes acquisitions et j’ai éprouvé une sorte de jubilation car je me suis assez souvent pris au jeu et laissé aller au feu des enchères et je me suis parfois aussi demandé, par la suite, si tout ceci était bien raisonnable. Mais bof ! Quand on aime on ne compte pas… Je suis fasciné par l’étalage et l’exposition de tant de livres aussi désirables.

L’année 1997 est la plus faste de toutes. Imaginez trois ventes importantes. Cette fois la vente de Chartres se déroule sur deux jours, le Samedi 11 et le Dimanche 12 Octobre. Je me réjouis déjà de pouvoir y assister. Lorsque je reçois le catalogue je m’aperçois que Hjalmar et l’étude de Mes Lelièvre, Maiche et Paris se sont surpassés, il est d’une qualité sans pareille. Imaginez 74 pages abondamment illustrées et l’on y trouve encore ce fameux feuillet central de quatre pages qui reproduit en couleurs certains des trésors qui vont être dispersés. On n’y trouve cependant cette année que 157 livres en langue française et 61 en langue anglaise. Beaucoup de ces derniers seront retirés de la vente faute d’enchères, il en ira de même pour quelques livres en langue allemande. Quant aux catalogues de marchands, ils sont peu nombreux et ne présentent guère d’intérêt.
L’ambiance dans laquelle se déroule la vente est très sympathique et tous les habitués et les visages familiers sont au rendez-vous. Il est possible de déjeuner sur place ce qui permet d’engager la conversation avec les collectionneurs sérieux si on le désire. Pour ma part je retrouve le célèbre collectionneur Siking et je vais trahir un secret en révélant que la majorité des articles et lots mis en vente cette année proviennent de ses collections.

Le 31 Mai se déroule à Drouot la vente intitulée ART MAGIQUE. J’ai pris pour habitude de l’appeler vente Proust car elle a été mise sur pied par notre Georges national. Les commissaires priseurs en sont Dominique Ribeyre et Florence Baron, les mêmes que pour la vente Hatte. Le catalogue que Georges me fait parvenir est aussi très beau et frappe par la richesse de ses reproductions en couleurs. Il comporte 128 pp au format 16,5 × 24 cm, imprimées sur un très beau papier glacé. Les feuilles sont thermocollées avec toutes les conséquences que cela entraîne, je veux dire qu’il ne faut pas trop le feuilleter, au risque de voir les feuilles se décoller. Les feuilles de mon exemplaire ne s’envolent plus car je l’ai cousu, il est couvert de cuir car il vaut bien une assez riche demi-reliure à coins. Les prix se maintiennent et atteignent encore parfois des sommets, en ce qui concerne les pièces un peu rares ou peu courantes. Je ne citerai que l’exemple de l’Escamoteur qui fait ici 13000F plus le traditionnel pourcentage dévolu a l’étude du commissaire priseur.
La dernière de toutes, en cette année 1997 est la vente de ce qui subsiste de la collection de Milbourne Christopher et qui a lieu aux Swann galleries à New York le 30 octobre. Ce qui est bien chez Swann c’est que si vous avez acheté le catalogue vous recevez après la vente, même si vous n’avez pas effectué de propositions d’achat ou rien acquis, la liste complète des enchères et des prix atteints. Les bruits couraient qu’il ne restait plus grand chose et que cette vente ne présenterait pas beaucoup d’intérêt. A considérer les prix atteints et les échos que j’ai obtenus ici et là et les compte-rendus que j’ai pu lire dans la presse magique d. outre Atlantique il n. en a rien été, bien au contraire, surtout pour les oeuvres truffées de Houdini. Là encore le catalogue est une belle production, il comporte huit reproductions d’affiches en couleurs sur les plats de Couverture, plus trois autres représentant d’autres lots et de nombreuses figures en noir et blanc tout au long des 80 pages. Le Dhotel en 8 volumes, reliure de toile rouge uniforme, n’atteint que $1495. Un « Confidences et Révélations », Paris 1868 accompagné d’un « Le Roman d’ un artiste… », l’édition de Blois 1943 tirée à 450 exemplaires, atteignent quant à eux $632. Les autres oeuvres de Robert – Houdin atteignent des prix nettement inférieurs à ceux qu’ils atteignent habituellent dans nos ventes franco françaises ben d’ cheu nous,  » Tiens! Tiens ! Même si t’ ajoutes les taxes et les frais d’ port il vaut donc ben mieux aller faire tes emplettes aux Etats Unis! C’ taffaire-là t’ paierait bentot tes frrais d’ voyage et d’ séjourr… »

En France, selon le Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne, on ne devrait entendre réellement par livre ancien que les livres édités avant 1800; en Grande Bretagne tout le monde s’accorde pour choisir la date de 1876 qui est l’ année de la première édition du Modern Magie du professeur Hoffmann. Je tiens à signaler au passage que ce monument était un livre de débinage et qu’il fut très très mal accueilli par nos confrères de l’époque qui se virent ainsi contraints d’inventer de nouveaux tours s’ils voulaient continuer à intéresser leur public. Nous arrivons à la fin du siècle et nous pourrions peut-être considérer comme livre ancien de magie ce qui a été publié avant l’œuvre maîtresse de Gaultier,  » La Prestidigitation sans appareils « , en 1914. C’est aussi le premier livre de magie illustré par des photographies ce qui est une bonne raison pour qu’il serve de borne.

On peut considérer qu’il y a deux genres de livres de magie, ceux qui contiennent uniquement des descriptions techniques de tours et leurs présentations, des recettes de cuisine en quelque sorte et les autres qui s’attachent à d’autres aspects, tels que l’histoire de la magie, son évolution au fil du temps, etc. Depuis une vingtaine d’années on remarque une certaine tendance à une stabilité des prix pour la première catégorie alors que c’ est loin d’être le cas pour la deuxième comme j’ai pu le constater au cours des ventes que j’ai signalées précédemment dans cet article. Il y a des raisons à ceci, la première à mon avis est que si les tirages des livres techniques sont réduits, les livres relevant de la deuxième catégorie que j’ai établie ont des tirages encore plus insignifiants. Tout ce qui est rare est cher. Y aurait-il de plus en plus de gens s’intéressant à la vie des magiciens du passé, à l’histoire de notre art ? Si les jeunes, et je suis heureux de constater qu’il y en a de plus en plus à le faire, voulaient se donner quelque peine pour consulter dans nos bibliothèques les ouvrages anciens, ou si nos Sociétés et Clubs de magie possédaient ne serait ce qu’un  » début de commencement  » de bibliothèque comme c’ est toujours le cas dans les pays anglo-saxons, bibliothèques qui contiennent des livres rares que tout jeune initié peut consulter, ces jeunes, dis-je, découvriraient très rapidement qu’il n’y a absolument, je répète absolument, rien de neuf sous le soleil et que la plupart des secrets sont déjà enfouis dans les milliers de livres de magie qui reposent sur les étagères des grandes bibliothèques.

Le marché du livre de magie est différent du marché traditionnel tout en ayant quelques unes de ses caractéristiques. Si depuis une vingtaine d’années les prix ont tendance à s’envoler c’ est peut être aussi parce que, comme dans la société, il y a un engouement certain pour ce qui est ancien et le passé, il n’y a qu’à voir l’intérêt suscité par les foires aux antiquités et les  » trocs et puces » pour s’en rendre compte.

Il suffit que survienne une réédition d’ un ouvrage de magie rare pour que le prix de l’édition originale chute. C’ est ce qui se passe couramment aux Etats Unis. Chez Dover et Karl Fulves, ils n’ont jamais fait que ça, n’éditant pour ainsi dire que des livres dont le copyright est tombé dans le domaine public. Voilà que chez Steven on se met aussi à rééditer des livres très anciens datant du 19e. Je ne veux citer chez nous que les rééditions de chez Slatkin auxquels je vous assure que j’en ai un peu voulu pendant un certain temps.

Il y a des modes en magie et des cycles. Edwin Hooper me disait que le cycle était de dix huit ans et que ce qui avait cet âge pouvait passer pour tout nouveau. Il en va de même pour les livres et je m’aperçois que sur les rayons de ma bibliothèque se trouve aujourd’hui un certain livre que je considérai comme n’ayant que peu d’intérêt il y a quatre années. Je l’avais obtenu pour 250F chez un bouquiniste à cette époque. Au cours des deux dernières ventes à Chartes il a atteint 7000F puis 5500F. Pourquoi ces variations ? Ce livre pendant une longue période était passé inaperçu et Hjalmar l’avait découvert et l’a fait découvrir à un grand nombre.  » C’est moi qui fais le prix du livre en France « , m’a-t-il confié et il a certainement raison. Mais les prix peuvent varier à la baisse comme à la hausse en un laps de temps très court parce qu’aujourd’hui l’information circule rapidement à l’échelle de la planète.
Il semblerait que pour le livre de magie l’état physique, matériel, importe moins que pour les livres traitant d’autres sujets; il importe peu qu’il y ait ou non la jaquette d’origine, cela ne diminue en rien la valeur. Le prix semble aussi évoluer en fonction des éditions successives mais c’ est souvent dans le sens contraire de celui de l’édition non magique, parce que les éditions suivantes auront été revues et corrigées.

Le livre reste et restera toujours le moyen de véhiculer l’information magique. Oui, je sais, il y a Internet, mais Internet ne fait souvent que transmettre des informations contenues dans les supports écrits sur papier. La vidéo cassette ne détrônera jamais le livre que je peux emporter là où je veux et que je peux consulter sans électricité.
Quant au bouquiniste moyen – ordinaire il semblerait que pour lui, et parce qu’il l’a entendu dire quelque part et qu’il s’agit d’un livre de magie, c’ est obligatoirement rare et recherché et donc excessivement cher, et ceci quel que soit l’état de l’ouvrage.

© Dany Trick, Les Niouzes de Stang ar veil n° 2, janvier 1998.

À propos de Dany Trick

Bio: voir site www.geniimagazine.com dans Magipedia . Tapez Dany Trick. Vous y trouverez une courte bio en langue anglaise.
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6 réponses à Quelques réflexions éparses sur le livre de magie…

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